mardi 31 janvier 2012

Vin chaud à Vancouver

Cette fois je vous reviens d’une petite excursion qui était pour le moins extraordinaire, selon mes normes en tout cas… Une semaine dans la troisième plus grande ville du Canada, entourée de costards faits sur mesure, de talons aiguilles à 15 cm, dont beaucoup étaient portés par des multimillionnaires et le tout se passait dans les hôtels les plus chers et luxueux de la ville. Comment j’ai atterrit dans une telle « galère » ? Tout a commencé par une coupe de vin chaud sur un lac gelé du Yukon…

Vous vous souvenez peut-être de cette « soirée portes-ouvertes » que ma compagnie a organisé au mois de novembre. On avait joué au hockey sur un lac et on avait monté une tente bar sur le lac. Lors de cette soirée j’avais fait du vin chaud, du vrai de vrai, et il a été très apprécié, au point que j’ai été engagé pour aller faire du vin chaud lors d’une conférence minière à Vancouver en janvier !

Après avoir passé une semaine à -40°C, complètement isolée dans ma petite cabane en forêt et incapable de la quitter, j’ai pris l’avion pour me rendre à Vancouver. Normalement, j’aime l’hiver, alors j’ai horreur de dire ça, mais bon sang que j’étais heureuse de quitter le Yukon ! Lorsque l’avion approchait Vancouver, les lumières de la ville s’étendaient comme une mer de joyaux sous mes yeux. J’étais toute excitée et heureuse, comme si je n’avais jamais rien voulu d’autre que d’aller dans une grande ville et l’accès de panique, dont je suis atteinte habituellement lorsque je dois me rendre dans un endroit « surpeuplé », ne s’est pas fait sentir du tout !

Une fois dans mon bel hôtel, avec vue sur la plage et juste à côté du fameux Stanley Park, j’ai commencé par profiter d’une salle de bain bien chauffée et d’une douche chaude, du début à la fin. Il avait fait tellement froid au Yukon, que je n’avais que pu me laver à l’eau froide… Le son de la mer, la circulation, les lumières de la ville, la vue sur la skyline de Vancouver, le fait de pouvoir dormir sans les 3 couches de vêtements et 6 couvertures habituelles… tout me ravissait !

Le lendemain a commencé la première journée de travail. Ma collègue et moi devions nous rendre au Convention Center (l’un des bâtiments flambants neufs construits pour les JOs, juste en bord de mer et juste à côté du flambeau olympique). On allait passer la journée à la Vancouver Resource Investment Conference : une conférence réunissant toutes les compagnies de l’industrie minière du Canada, des É-U et d’ailleurs dans le monde et ayant pour but de créer de nouveaux partenariats et de trouver des investisseurs pour les compagnies. La salle était pleine de milliers de gens en costards faits sur mesure ou en tailleurs ultraserrés et talons aiguilles. Ça sentait l’argent à pleines narines et il y avait plus d’un millionnaire qui se promenait là. Ma collègue et moi, toutes les deux des filles du bush, on ne se sentait pas à notre place du tout. On était de poissons rouges dans une mer de requins ! Ça parlait de prix de vente à la bourse, de dizaines de millions investis dans telle ou telle propriété et ça se boostait les cerveaux aux fontaines à oxygène. Quel monde étrange et fascinant ! Et les prochains jours on allait encore bien vivre dans ce monde de riches…

Cette première journée on l’a donc passé à cette conférence destinée aux investisseurs. Ce qui faisait notre bonheur, c’est que notre patron nous avait donné à chacune notre propre carte de visite. C’est la première fois que j’avais une carte de visite avec mon nom dessus ! On a passé la journée à parler à des présidents et responsables d’opérations de diverses compagnies et c’était épuisant ! Plus que de couper 1 km à travers la forêt ! Le soir on est allé à la soirée d’ouverture du Mineral Exploration Roundup, une conférence réunissant une fois de plus toutes les compagnies actives dans les mines ou en exploration, mais là il s’agissait moins de trouver des investisseurs et plutôt de créer des partenariats. Cela se passait au Westin Bayshore, un autre hôtel de luxe juste au bord de l’eau. Boisson et amuse-gueules à volonté et il y avait encore plus de monde qu’à l’autre conférence, c’était la folie ! On a fini la soirée dans un resto de luxe (selon moi) de Vancouver, le Joe Fortes. Un restaurant au style bien original… L’intérieur était couvert de boiseries, un grand escalier en bois menait à une mezzanine et au milieu de cet escalier était installé un grand piano sur lequel un musicien jouait toute la soirée. On a mangé des huîtres et du poisson, la spécialité du restaurant. C’était délicieux ! Et l’huile de homard pour tremper le pain en apéritif, incroyable ! Et les martinis avec ça… Pour finir la soirée, des investisseurs qui avaient passé la soirée à la table à coté se sont joints à nous pour nous payer une tournée, avant de disparaître dans un taxi avec leur « actrice/top model » engagée pour la soirée… Bref, je me croyais dans un film et même la facture était surréaliste !!

Le deuxième jour on est retourné à la Investment Show pour finir de faire la tournée de toutes les compagnies. Et après un bon repas de midi avec notre patron, on a eu droit à quelques heures de repos avant LA soirée… J’en ai profité pour flâner dans les rues de Vancouver, il pleuvait, mais ça ne me dérangeait pas. Tout était mieux que -40°C ! En fin de journée on (mes 3 collègues et moi) s’est retrouvé dans une chambre du Fairmont Pacific Rim, un hôtel construit spécialement pour les JOs aussi, situé juste en face du Convention Center et du flambeau, et l’hôtel le plus cher et luxueux de tout Vancouver (avec des suites à 10 000$ la nuit…). Mais ce soir-là, on n’était pas là pour profiter du luxe. On était venu là pour enfiler nos costumes de danseuses cancan ! Au Roundup avait lieu la « Yukon Night », une soirée organisée et financée par toutes les compagnies du Yukon et nous, on tenait un stand aussi. On allait passer la soirée à servir de la bière et promouvoir notre compagnie déguisée en danseuses cancan. Le moment le plus drôle de la soirée a été lorsqu’on a toute les quatre, vêtues de nos robes de danseuses et avec des plumes dans nos cheveux, traversé le grand lobby du Fairmont rempli d’hommes d’affaires. La tête qu’ils ont fait, c’était absolument magnifique ! La Yukon Night avec nos costumes était une réussite, on a bien rigolé ! Et puis la boisson coulait à flots et la bouffe était bonne aussi !

Le troisième jour on a fait de l’organisation et beaucoup de préparations pour une réception privée que notre compagnie allait donner dans une des suites du Fairmont Pacific Rim. Et cette journée-là, on a profité du luxe du Fairmont. L’hôtel, la chambre, tout était tellement beau, riche, luisant, somptueux… Le marbre de toutes les couleurs et tous les styles (le marbre rayé, quelle merveille !), les dorures, l’éclairage qui se règle en fonction de l’ambiance souhaitée, le lobby avec un foyer au centre et de la musique live tout le temps… Je n’ai jamais voulu être riche, mais tout ça, ça donnait envie d’avoir de l’argent tout d’un coup ! La suite dans laquelle on tenait la réception était superbe aussi. On avait une vue de plus de 180° sur la baie et le centre-ville de Vancouver, avec terrasse bien sûr ! C’est lors de cette réception que j’ai fait mon vin chaud, mais il y avait encore bien d’autres bonnes choses à boire… De la bière, divers drinks, du mousseux et des vins fabuleux !! Pour la nourriture, on avait préparé des amuse-gueules et on avait commandé des pizzas exquises de l’hôtel (la pâte, une vraie pâte à pain fondait sur la langue…). Mais le meilleur c’étaient les plats de sushis et les tours de fruits de mer garnies de crabe, d’homard, de moules, de saumon cru et fumé et d’huîtres minuscules, les plus petites et les meilleures que j’ai jamais mangé ! Une de mes collègues, qui est aussi chanteuse et a son propre groupe, a chanté accompagnée de son copain à la guitare, magique ! C’était une soirée absolument mémorable et le temps de quelques heures, on s’est imaginé vivre dans ce monde et on en a savouré chaque instant ! Imaginez-vous, assis dans un fauteuil confortable d’une suite de luxe, en train de siroter un vin excessivement bon et cher, en compagnie de personnes que vous appréciez beaucoup et avec une vue sur la mer éclairée par les milliers de lumières scintillantes de la ville…

Le lendemain matin, je me suis réveillée au son des vagues… J’avais quelques heures de libre, alors je me suis armée de mon appareil photo et suis allé marcher au bord de la mer, vers Stanley Park. Quel bonheur c’était de retrouver ces majestueux arbres de la forêt pluvieuse ! Le sapin Douglas, l’épinette de Sitka, le thuya géant, les fougères immenses… Comme mes yeux se sont abreuvés de cette forêt si verte et luxuriante, même en plein milieu de l’hiver ! Et en revenant vers l’hôtel sur le bord de la mer, le soleil est sorti d’entre les nuages et le vent doux de l’océan caressait mon visage, j’avais l’impression que c’était l’été !! Alors qu’à côté de moi, les promeneurs passaient avec leurs manteaux boutonnés jusque sous le nez et une tuque sur la tête. Ils ne savent pas ce que c’est l’hiver à Vancouver…

On a encore passé une journée à la conférence et on a eu une dernière expérience de ce monde de la « classe supérieure ». Notre patron nous a offert des tickets pour un repas de midis/conférence organisé au Westin. Mis à part le repas, qui était plutôt bon, les conférenciers étaient pour le moins intéressants. Nulle autre que madame la Première Ministre de la Colombie-Britannique a tenu un discours lors du repas et quelle femme ! Mère de famille et femme charismatique, elle est dotée d’une énergie incroyable et bon sang qu’est-ce qu’elle est bonne dans ce qu’elle fait. À la fin de son discours, j’étais prête à me précipiter vers l’urne la plus proche pour voter pour elle !! La journée s’est finie en beauté avec encore bien de la boisson et de la nourriture, à volonté, lors de l’Alaska Night. Mais je vais vous avouer qu’on commençait à être plutôt blazé par tout ça !

Le jour de mon départ de Vancouver, le soleil était rayonnant et les nuages dévoilaient enfin les majestueuses montagnes côtières entourant la ville. Le soleil, la mer, la plage, les montagnes… c’était merveilleux ! Et j’étais bien triste de repartir… Mais à Whitehorse j’ai été accueillie par un beau soleil et des températures printanières (-15°C) et lorsque le soir le ciel s’est illuminé d’aurores boréales, la terrible semaine de -40°C était pardonnée !



jeudi 19 janvier 2012

Mes premiers mois au Yukon

La vie au Yukon… On peut certainement dire qu’elle est intéressante, non seulement parce que le Yukon est une région si extraordinaire, mais aussi parce que cette région est peuplée de personnes les unes plus originales que les autres. Personne ne vient vivre ici sans vraiment le vouloir, alors je suis entourée de personnes passionnées et aux vies riches en histoires incroyables. Depuis mon arrivée ici j’ai rencontré un homme dont le dessus des armoires de cuisine est orné de défenses de mammouths et qui a découvert des fossiles de tous genres d’animaux préhistoriques dans sa mine d’or; un autre qui vit au bord d’un grand lac, où aucune route ne mène, avec sa famille, ses chiens de traineau et ses chevaux; ou encore une femme qui a appris à se nourrir des mousses à moitié digérées dans l’estomac d’orignal pour avoir son apport en « légumes » lorsqu’elle n’avait pas d’autre moyen de se nourrir. Et maintenant j’ai la chance de vivre dans cette belle région entourée de tous ces gens extraordinaires…
 
Je me suis réellement installée au Yukon au retour de mon deuxième contrat, les quatre semaines de line cutting à Brewery Creek dont je vous ai déjà parlé. Je suis revenue à Whitehorse à la mi-octobre et me suis installée dans une petite cabane en forêt, à environ 30 minutes de route du centre-ville. Ceux qui me connaissent le savent, ça fait bien longtemps que je rêve d’avoir ma petite cabane en forêt, alors imaginez quel bonheur ça a été de m’installer là ! La cabane est petite, mais j’y ai tout ce qu’il me faut et je suis entourée de forêt et de montagnes. Le calme est absolu, et seuls les hurlements des coyotes brisent le silence de temps en temps. Mais je ne suis pas si isolée que ça, j’ai des voisins à plusieurs centaines de mètres et il va sans dire que ce sont des gens très sympathiques et originaux.
 
Alors que fait-on quand on vit au Yukon ? Et bien on raconte des histoires. Il y a toujours des histoires à raconter… On raconte des histoires le vendredi après-midi autour d’une bière avec les collègues de travail (et quand vous avez des collègues qui font de l’exploration depuis 30 ans, vous avez l’occasion d’entendre des histoires parmi les plus extraordinaires !), on raconte des histoires lors de grands soupers où tous les « voisins » sont invités, même ceux qu’on ne connait pas et bien sûr, on raconte aussi des histoires autour d’un feu dans la noirceur hivernale du Grand Nord. J’ai entendu des histoires d’équipes d’exploration abandonnées à elles-mêmes au fin fond des montagnes yukonnaises, de cuisiniers devenus meurtriers pour des pancakes, ou d’un homme détestable mais tellement hors du commun qu’on a nommé des rues après-lui dans tout le Yukon. La musique aussi est très importante ici. Les festivals et concerts sont nombreux et bien souvent, lors de ces soupers entre voisins, on joue de la musique et on chante tous ensemble lorsque le repas est terminé.
 
Bien sûr, on profite aussi de la nature, cela va de soi. On en profite parce que les possibilités de plein air sont quasi illimitées, mais aussi parce que même sans le vouloir, la nature nous fait vivre des aventures et nous donne de belles leçons d’humilité. Il y a eu les -40°C déjà à la mi-novembre pour me rappeler que l’Arctique est tellement proche ici… Une autre fois on a eu un redoux, avec proche de +5°C lorsque le chinook descendant des montagnes côtières s’est levé. Et la nuit, le chinook s’est déchaîné sur tout le sud du Yukon, une superbe tempête de vent qui a mis toute cette partie de la région en alerte. Certaines routes devaient être fermées. À 8 heures du matin, plus de vent, mais pluie diluvienne et soudain on passe à -5°C. Toutes les routes se sont transformées en patinoires parfaites. À 9 heures le monde a disparu dans une tempête de neige. Quelques heures plus tard, tout le centre-ville de Whitehorse était fermé et le soir la neige était tellement profonde sur les routes, même le highway, que je n’avais pas besoin de pelle à l’avant de Bill pour faire la charrue ! Et le soir de cette même journée on était à -25°C. Le lendemain matin, je suis arrivée avec une heure de retard au travail. Pourquoi ? Parce que Bill avait été gelé au sol !! Et puis il y a aussi eu mon cadeau de bienvenue… Je me suis plein de l’hiver trop doux en Europe, et bien depuis mon retour (une semaine maintenant) le Yukon nous fait sentir qu’on est dans le nord avec des températures entre -40°C et -30°C en continu. Ma cabane est un igloo (il fait plus chaud dans mon frigo), la ville fonctionne au ralenti, tous les soirs un autre quartier est dans le noir pour quelques heures par manque d’électricité et moi j’ai pas quitté ma cabane depuis que ça a commencé parce qu’il fait trop froid pour démarrer mon pauvre Bill (je ne laisserai plus personne rire de mon stock de cannes que j’ai toujours dans ma cuisine). Mais la nature ici, ce n’est pas juste le froid. C’est aussi les aurores boréales, un ciel étoilé d’une beauté à couper le souffle, un monde blanc et scintillant comme recouvert de poussière d’étoiles, le hurlement des coyotes, et le soleil d’hiver si délicat et si beau qui chaque jour est un peu plus haut au-dessus de l’horizon. Ces cinq précieuses minutes de soleil qu’on gagne par jour se font sentir et c’est comme un petit miracle chaque jour. Et il n’y a rien de mieux qu’une marche à travers une forêt scintillante, à -35°C et dans le calme absolu, pour se sentir vivant !!
 
Au Yukon, on aime aussi le hockey bien sûr ! En novembre, ma compagnie a organisé une « soirée portes ouvertes ». On est allé trouver un lac en forêt pas trop loin de la ville, on l’a déneigé (pelleter la neige en patins, c’est tellement le fun !) et pour la soirée on a monté un aréna de hockey éclairé, une tente bar/vestiaire et on a fait un petit feu sur la glace. Il a fait froid ce soir-là (-25°C), mais il y avait près de 30 personnes qui jouaient au hockey sur notre aréna naturel. Tous ces gens d’affaires jouaient sur la glace comme des enfants et ceux qui ne pouvaient jouer sur la glace, les gens venant de contrées plus chaudes, étaient fascinés comme des petits enfants par le fait d’être dans une tente sur un lac et par notre feu sur la glace. C’était une soirée mémorable et j’y ai contribué avec une petite touche européenne en faisant du vin chaud ! Bon, la soirée s’est terminée avec moi qui marchais à travers la forêt à 2 ou 3 heures du matin pour rentrer chez moi, mais c’était super quand même !
 
Oui, mon cher Bill a eu des problèmes avec ses 4 roues motrices. Ce qui m’empêchait de conduire jusqu’à chez moi. J’ai passé une semaine ensuite à marcher matin et soir à travers la forêt dans la noirceur, pour aller au travail. Et vous savez quoi ? J’ai aimé ça ! Il faisait nuit, mais dans une forêt enneigée et sous un ciel étoilé il ne fait jamais vraiment noir et c’est tellement beau !
 
Le Yukon, c’est ça, c’est l’aventure, c’est plein d’histoires et c’est beau.








mercredi 28 décembre 2011

Plus de photos en rappel

Dans la continuité des deux diaporamas précédents, voici les photos du nord de la Colombie-Britannique et du Cassiar Highway, route qui mène au Yukon. Ces deux diaporamas couvrent les jours 23 à 34 (sur 45) de la Grande Traversée du Canada. Bon visionnement de photos !

Le nord de la Colombie-Britannique :

Sur la route vers le Nord :



samedi 17 décembre 2011

Photos du Yukon et du Dempster en rappel

En attendant que je travaille sur mes dernières photos du Yukon, en voici des plus anciennes. Étant donné qu'il y a eu quelques problèmes techniques avec l'ancien blog, je vais transférer une partie du contenu dans les prochains temps. Ici, les photos des dernières semaines de mon voyage à travers le Canada de l'été passé : les premiers jours au Yukon et la merveilleuse semaine sur le Dempster Highway, qui a précédé mon séjour à Dawson City (voir premier article publié sur ce blog). Pour les articles qui vont avec ces deux diaporamas, je vous invite à aller voir mon ancien blog (http://sylvie-bourlingue.kazeo.com).

A la découverte du Yukon :

Le Dempster Highway :



dimanche 11 décembre 2011

Yukon - The Klondike


Le Yukon, pour certains c’est un nom entendu quelque part il y a très longtemps et associé à l’Alaska (si vous saviez le nombre de Canadiens qui m’ont demandé si ce n’est pas en Alaska le Yukon), pour d’autres c’est un territoire légendaire où des histoires les plus extraordinaires les unes que les autres se sont déroulées, et d’autres n’ont jamais entendu parler du Yukon du tout. J’étais dans la deuxième catégorie de personnes et je m’attendais à ce que la réalité présente du Yukon n’ait plus grand-chose à voir avec ce Yukon légendaire. Le Yukon du Klondike, le Yukon de la grande ruée vers l’or de 1897-1898, celui où les hommes ont bravés l’un des climats les plus extrêmes par milliers pour trouver de l’or sur une terre encore complètement sauvage. Le Yukon où le célèbre Mad Trapper s’est fait dynamiter par la RCMP et s’est enfuit comme si de rien était, où les dance-hall girls se faisaient marier contre leur poids en or, où des hommes devenaient millionnaires en l’espace d’une nuit, pour ensuite mourir dans la misère et la folie le surlendemain, où Jack London a trouvé son inspiration pour écrire des histoires telles que Croc Blanc et où les huskies sont plus nombreux que les hommes. Eh bien, après ces 4 mois passés à voyager, vivre et travailler au Yukon, laissez-moi vous dire que j’avais tort ! Le Yukon c’est encore tout cela et plus encore !

Après être retournée à Whitehorse à la fin de mon grand voyage, j’ai tout de suite commencé à travailler le lendemain de mon retour. L’entretien que j’avais passé juste avant notre départ pour le Dempster avait porté ses fruits et j’ai eu un emploi avec une compagnie d’exploration. D’exploration ? Oui, d’exploration, comme dans chercher de l’or, parce que la ruée vers l’or revit au Yukon ! Cette première journée n’était qu’une formation pour me familiariser avec toutes les règles et les questions de sécurité. On m’a mise devant un documentaire sur les ours pendant 1h30 et ensuite on m’a emmené dans un terrain vague pour que je me pratique à tirer des « bear bangers ». C’était un lundi et j’allais partir le jeudi matin pour mon premier contrat. J’avais deux jours pour me trouver un logement dans une ville en pleine crise du logement, pour m’acheter tout l’équipement dont j’avais besoin et pour remettre un peu de mon voyage !

Jeudi, le 1er septembre j’ai pris la route avec trois coéquipiers pour aller à la mine Minto, une grande mine à ciel ouvert. On allait être installés dans le camp de la mine et faire de l’exploration géophysique sur les montagnes environnantes. Pour accéder à la mine, située un peu en plein milieu de nulle part, on a dû traverser la Yukon River avec une petite barge et de l’autre côté, il fallait se plier à tous les règlements de sécurité de la mine (rouler avec un drapeau et un gyrophare sur le toit du pickup et signaler notre présence par la radio tous les kilomètres). Dans le camp, un gros camp avec tout ce qu’il fallait (internet, douches, cantine, etc.), on a commencé par devoir subir la formation de sécurité de la mine. Bref, plein de règles et de restrictions… On allait passer une semaine là et notre travail consistait à envoyer de l’électricité dans le sol et à mesurer la conductivité et la chargeabilité du sol pour déterminer s’il y a de l’or ou du cuivre dans le sol. En gros, je me promenais à travers le bush avec un sac plein de gros câbles qu’il fallait que je pose en ligne droite sur 400 mètres. Les câbles étaient lourds et si vous savez à quel point ça peut être chiant de devoir marcher à travers des saules ou des aulnes, imaginez-vous faire ça avec un gros sac super lourd et un câble de 50 mètres dans les mains qui reste accroché dans toutes les branches. Et tout ça en montagne ! Croyez-moi, je regrettais amèrement les plaines de l’Abitibi ! Le travail était dur et on travaillait de 10 à 12 heures par jour et quand on ne travaillait pas, je ne pouvais faire qu’une chose : dormir ! Heureusement, mes coéquipiers étaient vraiment super et on s’est beaucoup amusés pendant cette semaine !

Peu de temps après, le 16 septembre, je suis partie pour mon deuxième contrat. On m’avait dit que ce travail serait « nice, easy and comfortable », retenez bien ces mots ! On est d’abord partis à deux en camion, avec une grosse remorque pleine de matériel pour aller à Brewery Creek, à l’est du Dempster Highway. On est arrivés au camp de la mine (un camp bien plus rustique, constitué de tentes et d’un seul bâtiment fixe) assez tard et là-bas, ils devaient nous indiquer comment se rendre sur notre « grid » (la zone où on allait travailler), mais personne ne savait exactement comment s’y rendre. On a réussi à trouver notre chemin, mais je vous assure qu’on a eu la surprise ! A Whitehorse on nous avait dit qu’on travaillerai sur un terrain plat, mais une fois passé le camp de la mine, on est arrivés sur du terrain on ne peut plus accidenté ! C’est à peine si notre pick-up arrivait à monter les pentes abruptes ! Arrivés au sommet d’une montagne qui était au milieu de notre grid, on a commencé à monter notre camp. Je n’avais jamais monté un tel camp et on n’était qu’à deux, alors ça n’allait pas très vite ! Heureusement, on a tout fini avant la tombée de la nuit. On allait passer les cinq premiers jours à deux uniquement et notre camp était à 45 minutes de chemin extrêmement cabosseux et difficile du camp de la mine. La vue du sommet de notre montagne était absolument magnifique, mais je peux vous dire que les premières journées étaient une sacré aventure ! Première nuit : on se fait enfumer par le poêle à bois, je pense aux ours tout le temps et on n’a pas de nourriture. Deuxième nuit : c’est le sauna dans la tente, je pense encore aux ours, notre camion se brise et notre gazinière de marche pas et il faut cuisiner sur un feu de camp (vous avez déjà fait des steaks médium-saignant sur un feu de camp ? je vous garantis que ça vous met la pression !). Troisième nuit `la cheminée du poêle prend feu et fait presque flamber la tente. Quatrième nuit : une tempête fait s’envoler la tente dans laquelle on est en train de dormir. On a ramassé et replacé la tente dans la noirceur absolue et il ventait encore, alors on a passé la nuit à tenir les poles de la tente. Cinquième nuit : on dort enfin un peu !

Au bout de ces cinq jours, on a enfin eu des renforts, la gestion de crise allait se faire bien plus facilement à quatre ! Et puis en plus de tout ça, il y avait les corvées de camp normales (couper du bois, bruler les déchets, cuisiner et faire la vaisselle, etc.) et 10 heures de travail de terrain par jour ! Ah, et qu’est-ce qu’on faisait ? Du line-cutting ! On devait couper 11 lignes de 1.8 km de long à travers la forêt. Mon coéquipier était coupeur, c’est lui qui maniait la scie à chaîne. Moi j’étais « brusher », je transportais tout notre matériel (bouffe, vêtements, essence, outils), mettais en place des piquets sur la ligne pour que le coupeur puisse couper en ligne droite et je « brushais » (ramasser les branches, couper tout ce qui reste à l’aide d’une machette ou d’une espèce de hache). Ce travail était extrêmement physique, surtout dans ces montagnes (par endroit on avait des pentes de près de 45°). Et très rapidement, la neige est arrivée, avec de la grêle et du brouillard à volonté. On glissait sur les pentes, dans le camp notre bouffe et notre eau gelait et mes fesses gelaient aussi avec nos « toilettes » en plein air ! Entre temps, on avait baptisé notre montagne, le Mt Doom et le nom était amplement mérité ! Lorsque les conditions ont fini par devenir trop extrêmes, on a enfin été autorisés à résider dans le camp de la mine. Mais pour ça, il fallait qu’on fasse le trajet da camp à notre grid matin et soir en quad à des températures largement en-dessous de 0°C. Quand on rentrait au camp le soir, je restais plantée à côté du poêle jusqu’à l’heure du souper !

En tout, j’ai passé quatre semaines à Brewery Creek. J’étais celle qui y est resté le plus longtemps, plusieurs membres de l’équipe étaient partis au bout de deux semaines. Les gens de la mine étaient étonnés de voir une femme faire du brushing et j’ai reçu mon « bushname » : Red Fang. Au bout de 10 jours là-bas, la folie du bush m’avait prise : d’abord j’ai passé plusieurs jours à être crampée de rire tout le temps, pour rien; ensuite c’était le désespoir, je ne faisais que pleurer; et finalement j’étais rendue bipolaire ! Aussi les deux dernières semaines, mes genoux me faisaient de plus en plus souffrir et j’ai fini par comprendre le Dr. House. C’est pas facile de rester poli et de bonne humeur quand on a mal tout le temps ! Pour ce qui est de la faune, on a eu une rencontre surréaliste avec un gros orignal qui est apparu de la brume un jour, juste devant nous. Il a failli nous charger, mais il a senti notre odeur d’humains juste à temps ! On a vu bon nombre de porc-épics obèses et de renards. Renards qui d’ailleurs nous ont bien embêtés ! Ils venaient dans le camp de la mine sans peur et la nuit, partaient avec les rallonges électriques, nous laissant dans le noir. On leur courait après en lançant des bottes pour récupérer nos rallonges ! Un coyote est venu hurler à côté de moi le dernier jour, comme pour dire adieux à Red Fang. Ces quatre semaines avaient été extrêmes, mais emplies de tant de beauté ! Les montagnes, le soleil du nord, les animaux, les aurores boréales… Tout cela et l’expérience valaient amplement la peine et la folie et la douleur physique !

Après ce contrat, j’ai passé deux semaines à me reposer et à soigner mes genoux, et finalement, le 26 octobre je suis retournée sur le terrain ! Et cette fois-ci ça allait vraiment être « nice, easy, and comfortable ». On allait faire de la géophysique dans les montagnes au nord de Faro. On était logés dans un B&B super confortable et on allait en hélicoptère sur notre site ! Les journées étaient courtes à cause de la lumière, mais aussi de la météo. Dès qu’il faisait trop mauvais pour l’hélicoptère, on commençait plus tard ou on finissait plus tôt. Parfois, on passait même des journées entières au B&B à se tourner les pouces à cause de la météo ! Les vols en hélicoptère étaient incroyables ! Les montagnes, les lever de soleil vus du ciel, passer en rase-motte au-dessus d’une falaise… Et il y a eu la journée où notre pilote est venu nous sauver : une tempête arrivait très vite, nous on ne l’a pas vu venir quand soudain le pilote nous appelait sur nos radios pour nous dire de courir au plus vite vers une surface dégagé pour qu’il puisse nous ramasser. Il était venu juste à temps, parce qu’en retournant vers l’aéroport on ne voyait pas grand-chose et on se faisait brasser dans tous les sens ! Certaines journées, le froid était extrême au sommet de notre montagne (avec le vent de l’hélico en plus) et la neige était déjà très profonde. Mais les paysages étaient magnifiques et on se faisait un feu quand le froid devenait trop extrême !

Travailler au Yukon m’a appris bien des choses et m’a montré que la ruée vers l’or, ce n’est pas du passé ! J’ai appris à monter un camp d’exploration, à tirer au fusil, à conduire des quads, à manier la hache, à préparer des chargements pour hélico et à réparer des générateurs, des poêles à mazout et des scies à chaîne. D’ici quelques jours, je vous en dirai plus sur la vie dans cette région extraordinaire !

dimanche 4 décembre 2011

La Grande Tarversée 11 : Dawson City


Samedi, le 27 août, Jour 44 : 32.6 km (10 640.1 km)
Dawson City, YT

Notre journée à Dawson City, la célèbre ville du Klondike Gold Rush, ville où de célèbres histoires telles que Croc Blanc ont vu le jour, a débuté par une visite du lieu où tout a commencé. On s’est rendues au Claim #6 sur la Bonanza Creek Road, au bord du Bonanza Creek où la pépite d’or qui a lancé le grand Gold Rush a été trouvée en 1896. Le Claim#6 était ouvert au public et tout le monde qui arrivait là avec sa « gold pan » avait le droit de faire du « goldpanning », chercher de l’or en lavant du sol dans les eaux du Bonanza Creek. 

Quand on y est arrivées, il y avait deux personnes, les pieds dans l’eau, en train de sérieusement chercher de l’or dans le fond de leur gold pan. Évidemment, nous aussi on a regardé un peu ce qu’il y avait dans le fond du creek, mais il faut de bons yeux ! L’eau était remplie de petites paillettes de mica scintillantes et il semblait impossible de faire la différence entre le mica et l’or, s’il y en avait. On est allé parler à un monsieur aux cheveux gris tout ébouriffés à l’air sympathique et savant, qui était en train de contempler le fond de sa gold pan. Il avait trouvé de l’or et nous a montré le petit bout d’or au milieu de tous les morceaux de mica. Moi, je ne l’aurai certainement pas vu ! Ce monsieur venait d’Australie et avait l’habitude de venir au Yukon pour cherchait de l’or, quand il n’était pas en Nouvelle-Zélande ou en Australie pour faire la même chose. Faute d’avoir trouvé de l’or nous-mêmes, on s’est pris des bouts de mica en souvenir du Bonanza Creek.

On s’est ensuite rendues au Discovery Claim, là où toute la folie du Gold Rush a débuté, pour y découvrir toute l’histoire de la ruée vers l’or. Toujours sur le Bonanza Creek, on est aussi allé voir la Dredge #4, dinosaure de la ruée vers l’or. Les « dredge » étaient d’énormes machines flottantes qui labouraient la terre tout autour de Dawson pour trouver de l’or. La terre entrait à l’avant par une langue rampe, était rincée à l’intérieur et ressortait derrière. Ces machines fonctionnaient à l’année longue et il y en avait plus de 20 faisant un bruit infernal autour de Dawson et ouvrant les entrailles de la terre. Aujourd’hui encore, en arrivant à Dawson, on traverse les grosses trainées de roche retournée laissées là par ces engins.

Et enfin, on est allé à la ville de Dawson. La ville était peuplée de maisons en bois de toutes les couleurs et de toutes les tailles, allant du petit chalet rustique en rondins de bois et avec de l’herbe sur le toit à la grande maison peinte de couleurs vives et entourée de fleurs multicolores. Et bien sûr, les rues de la ville n’étaient pas asphaltées, mais étaient encore en terre battue comme au bon vieux temps, avec les trottoirs en bois et tout ce qu’il faut pour se sentir transporté un siècle dans le passé. Les maisons étaient toutes ouvertes, les gens prenaient le soleil, jasaient, jouaient de la musique et des petits garçons vendaient de la limonade au coin de rue. On a découvert le Jack London Museum, avec la cabane dans laquelle le célèbre auteur a vécu et écrit ses œuvres connues dans le monde entier. Un peu plus loin, il y avait aussi la cabane de Robert Service, célèbre poète du Yukon. Lisez quelques-uns de ses poèmes, si vous souhaitez avoir une impression de ce qu’était le Yukon à cette époque et de ce qu’il est encore aujourd’hui, car le célèbre vers « Strange things done under the midnight sun… » s’applique encore aujourd’hui ! Un peu plus loin, un vieux cimetière nous offrait un autre voyage dans le temps. Les pierres tombales n’étaient que de vieilles planches, certaines datant des débuts de Dawson étaient quasiment illisibles. C’était le cimetière du Yukon Order of Pioneers (YOOP).

Au centre-ville, on se promenait sur les trottoirs en bois devant toutes ces maisons colorées aux façades boomtown. Toutes les rues avaient l’air si belles, on ne savait par où se diriger. Et là, arrivées devant le Palace Grand Theatre, on a encore voyagé dans le temps : il y avait un bal organisé par la RCMP. Les Mounties se promenaient dans leurs superbes uniformes rouges avec de belles bottes en cuir et leurs compagnes étaient vêtues de magnifiques robes de l’époque, sans oublier les plumes dans les cheveux ! À l’office de tourisme, tout le monde était habillé comme à l’époque aussi. Avec nos vêtements du 21è siècle, on commençait à se sentir déplacé ! On s’est encore promené un peu et finalement, le soir est venu et on avait attendu le soir avec impatience !

On s’est rendues au Downtown Hotel. Devant l’entrée, une pierre tombale annonçait la couleur : elle était dédiée aux Sourtoes et on pouvait lire : I. Swallowed; II. Lost; III. Swallowed; IV. Alive and well. Oui, l’heure du Sourtoe Cocktail était enfin arrivée !! On s’est installées dans le bar et à 21h précise, un petit monsieur au chapeau de marin est arrivé avec une boîte sous le bras. Il s’est installé dans un coin et a déballé le Sourtoe de la boîte. Un groupe de voyageurs habillés comme à l’époque aussi, ont été les premiers à boire le cocktail. Ça hurlait, applaudissait et riait et nous, on les a rejoints avec nos verres de Yukon Jack (what else?). L’heure était venue !! Le Sourtoe, un gros orteil humain préservé dans de l’alcohol, avait vraiment l’air répugnant. Il était tout fripé, on voyait les rainures dans l’ongle et l’os à l’intérieur et tout. Le petit monsieur a posé le Sourtoe sur une serviette au milieu de la table et je me suis assise en face de lui. Il a lu un texte très formel et à pris en note mon nom dans son cahier. J’ai mis l’orteil dans mon verre, ai mis le chapeau du capitaine sur ma tête et ait vidé le verre jusqu’à la dernière goutte encouragée par les gens tout autour. C’était fait ! J’ai reçu mon certificat, faisant de moi le membre #43 271 du Sourtoe Cocktail Club et attestant que je suis « a person capable of almost anything ». Le certificat dans une main et le Sourtoe dans l’autre (et ensuite entre les dents, ce qui a fait hurler tout le monde), j’ai posé pour une photo à côté du monsieur. Quelle soirée, et elle n’était pas finie !!

On s’est ensuite rendues au Diamond Tooth Gerties : le plus vieux casino du Canada où on pouvait voir un vrai « gold-rush can-can show ». Le casino était bien rempli et à l’intérieur tout était beau et comme à l’époque et les employés aussi étaient habillés comme à l’époque. On est arrivées pour le deuxième show de la soirée. Il y avait Gertie, la « patronne », une belle femme costaud avec une voix forte, 4 danseuses cancan et un chanteur. Le show était vraiment bon et drôle. Après le show, on a profité un peu du casino (j’ai perdu 25 cennes ciboire !) et on a même rencontré des Abitibiens. Le monde est petit ! À minuit a eu lieu le troisième show de la soirée, le show le moins touristique et il y avait pas mal de locaux dans la salle et une fois encore, c’était vraiment bon !

Cette belle soirée, qui allait être la dernière de notre voyage et ensuite devenue inoubliable et certainement la meilleure soirée du voyage : en sortant de chez Gertie’s, on a levé les yeux et au-dessus de nous dansait une aurore boréale dans le ciel nocturne de Dawson. C’était ma première aurore boréale ! La semaine parfaite sur le Dempster, cette journée parfaite à Dawson et tout ce superbe voyage a été couronné par ma première aurore boréale !!!


Jour 45 : 558.5 km (11 198.6 km)
Dawson City, YT -> Whitehorse, YT

Ce matin-là, on a du se préparer à se séparer… Il fallait faire le ménage dans Bill, que chacune de nous récupère ses affaires et diviser les restants de la nourriture. Et on a enfin engravé Bill (ou plutôt la croûte de bouette qui le couvrait) : « DID THE DEMPSTER and had NO FLAT ». Ah, sacré Bill !

À Dawson on a traversé la Yukon River sur le petit traversier de la ville (les habitant s refusent de construire un pont sur la rivière tout comme ils refusent d’asphalter les rues). J’allais déposer Caroline et Nynke à l’auberge de jeunesse de l’autre côté de la rivière. Autant j’avais eu peur au départ d’avoir de la compagnie, autant je regrettais maintenant de quitter les filles. C’était étrange de monter seule dans Bill et de reprendre la route toute seule. J’espérais bien les revoir un jour !

J’ai quitté Dawson et ait repris le North Klondike Highway en direction de Whitehorse. C’était difficile de partir de Dawson. Après une heure de route déjà, je me suis arrêtée sur une aire de repos pour profiter d’une dernière vue sur les montagnes au nord et pour prendre mon lunch. Et là, je me suis transformée en attraction touristique. D’abord quelques personnes m’ont abordée pour avoir des informations sur le Dempster. Ensuite un bus de touristes s’est arrêté là déversant une horde de petits vieux armés d’appareils photos sur l’aire de repos. Beaucoup sont venus me parler pour savoir si j’avais vraiment fait le Dempster et encore plus ont voulu me prendre en photo avec Bill ! Finalement, j’ai repris la route vers Whitehorse… La route était longue et je me sentais bien seule, sauf lorsqu’un ours et puis un coyote, qui m’a regardé droit dans les yeux, ont croisé mon chemin.

Arrivée à Whitehorse, je suis retournée au camping où on avait été avec Caroline et Nynke. Ça allait être ma première nuit en camping seule. Le souper était déprimant. J’avais le cœur lourd, le voyage était fini et j’avais quitté deux amies et compagnes de voyage. Mais je savais aussi, qu’après une bonne nuit de sommeil, tout irait mieux, car le lendemain ma vie au Yukon allait commencer et bien des aventures m’attendaient !